Ce livre montre qu'en appelant à faire descendre le ciel sur la terre, le processus de sécularisation des XVIIIe et XIXe siècles a rendu possible la naissance de nouveaux empires. Ces empires fossiles et profanes ne tirent plus leur légitimité du ciel mais de la promesse d'un progrès sans fin par l'exploitation illimitée de la terre et de ses entrailles. Que s'est-il passé sous la terre lorsque la crise nommée " sécularisation " a frappé l'Europe au XIXe siècle ? En posant cette question, cet ouvrage retrace l'histoire de la sécularisation du point de vue de ses effets climatiques et planétaires. La sécularisation de l'Europe y apparaît comme le passage d'un empire de Croisade à une mission de Civilisation, comme le processus qui a transformé la conversion des infidèles par les monarchies coloniales en un empire proclamant la liberté. La volonté de libérer le monde des religions a donc permis la naissance d'un nouvel impérialisme, profane et fossile, au cœur des rouages de l'industrie émergente. En réformant les infidèles au lieu de les convertir, en codifiant leurs traditions au lieu de les anéantir, ces nouveaux empires se sont insinués jusque dans les sous-sols, extrayant massivement les énergies fossiles et soumettant la culture de la terre au crédit bancaire. Ils n'ont plus tiré leur légitimité d'une ascension vers les cieux mais de l'administration profane de la terre et des populations. Ils ont cessé d'annoncer la fin des temps mais ont formulé la promesse d'un progrès infini, donnant libre-cours à l'exploitation sans limite des entrailles de la terre. La sécularisation et l'Anthropocène sont donc liés par les extractions-fossiles des empires industriels, qui ont voulu réaliser l'Évangile sur terre via l'industrialisation du monde. Des empires sous la terre fait ainsi se succéder trois séries d'événements : la sécularisation des institutions, la colonisation de l'Asie et de l'Afrique, l'exploitation des sous-sols à l'échelle du globe. Ce faisant, il propose une histoire de l'orientalisme comme langue de l'impérialisme-fossile, et offre, après la théorie postcoloniale ou décoloniale, une nouvelle critique de l'impérialisme.
Description:
Référence: https://www.babelio.com/livres/Amer-Meziane-Des-empires-sous-la-terre/1215789
Résumé
Ce livre montre qu'en appelant à faire descendre le ciel sur la terre, le processus de sécularisation des XVIIIe et XIXe siècles a rendu possible la naissance de nouveaux empires. Ces empires fossiles et profanes ne tirent plus leur légitimité du ciel mais de la promesse d'un progrès sans fin par l'exploitation illimitée de la terre et de ses entrailles.
Que s'est-il passé sous la terre lorsque la crise nommée " sécularisation " a frappé l'Europe au XIXe siècle ? En posant cette question, cet ouvrage retrace l'histoire de la sécularisation du point de vue de ses effets climatiques et planétaires. La sécularisation de l'Europe y apparaît comme le passage d'un empire de Croisade à une mission de Civilisation, comme le processus qui a transformé la conversion des infidèles par les monarchies coloniales en un empire proclamant la liberté. La volonté de libérer le monde des religions a donc permis la naissance d'un nouvel impérialisme, profane et fossile, au cœur des rouages de l'industrie émergente.
En réformant les infidèles au lieu de les convertir, en codifiant leurs traditions au lieu de les anéantir, ces nouveaux empires se sont insinués jusque dans les sous-sols, extrayant massivement les énergies fossiles et soumettant la culture de la terre au crédit bancaire. Ils n'ont plus tiré leur légitimité d'une ascension vers les cieux mais de l'administration profane de la terre et des populations. Ils ont cessé d'annoncer la fin des temps mais ont formulé la promesse d'un progrès infini, donnant libre-cours à l'exploitation sans limite des entrailles de la terre. La sécularisation et l'Anthropocène sont donc liés par les extractions-fossiles des empires industriels, qui ont voulu réaliser l'Évangile sur terre via l'industrialisation du monde.
Des empires sous la terre fait ainsi se succéder trois séries d'événements : la sécularisation des institutions, la colonisation de l'Asie et de l'Afrique, l'exploitation des sous-sols à l'échelle du globe. Ce faisant, il propose une histoire de l'orientalisme comme langue de l'impérialisme-fossile, et offre, après la théorie postcoloniale ou décoloniale, une nouvelle critique de l'impérialisme.